Roger Bouvier a connu une vie marquée par des rencontres fortuites et des passions dévorantes pour l'automobile, une vie à cent à l’heure. Son parcours, jalonné de succès sportifs et d'aventures mécaniques, l'a conduit de Casablanca à Chamonix, en passant par les Pyrénées et sa ville d'adoption, Antibes. En 1973, Bouvier s'illustre en remportant le prestigieux Rallye de Gaves. Sa carrière est également marquée par une participation au Rallye Monte-Carlo, rendue possible grâce à un moteur de course Mercedes obtenu sur la Côte d'Azur. La modernité de sa Citroën DS lui sauvera même la vie lors d'une course sur glace, témoignant de sa confiance inébranlable dans la technologie automobile.
Ce que vous lirez dans cet article :
Préparez-vous à une immersion passionnante dans le monde des sports mécaniques et du basket, avec au programme :
Le récit d'un Antibois mordu de Citroën.
Le basket à Antibes, et notamment Jean-Claude Bonato.
Les femmes pionnières du rallye : Michèle Mouton, Pat Moss et Claudine Trautmann.
Courses extrêmes : glace, rallyes, 24 heures.
Les icônes de l'automobile : Ford Mustang, GT 40, Porsche, Alpine.
La restauration d'une Panhard Junior unique.
... et bien plus !
L'amour des voitures rapides et des moteurs puissants est
une constante dans la vie de Roger Bouvier. Il possède une connaissance
encyclopédique du monde du rallye, ayant côtoyé de nombreux pilotes. Cette
familiarité s'est bâtie notamment lorsqu'il commentait les événements
automobiles du sud-est de la France depuis son Ford Transit converti en
véhicule de sonorisation.
![]() |
| Une DS restauré dans une course de voitures historiques |
Avant sa retraite, Roger Bouvier a passé vingt ans au "Garage Riviera", l'atelier Citroën situé sur l'autoroute d'Antibes. L'arrivée d'une Citroën DS à la réception de l'atelier provoquait toujours chez lui un moment de nostalgie, car il avait eu la chance de piloter « les plus belles » de ces voitures en course. Il a débuté à la Garage Riviera à l'été 1975 et y est resté jusqu'à son départ à la retraite fin 1996, une retraite célébrée par une fête mémorable la veille de Noël. Son attachement à Citroën reste fort, comme en témoigne sa participation à la célébration du 90e anniversaire de la marque en présence de Sébastien Loeb, champion du monde des rallyes, et sa participation à un rallye de fans Citroën entre Cannes et Monaco au volant d'une DS.
![]() |
| Affiche pour la célébration du 90e anniversaire de la marque Citroën à Antibes |
A Antibes, Roger Bouvier s'est rapidement intégré, s'investissant activement dans la vie associative locale. Il a notamment été le speaker du club de basket des Sharks d'Antibes, alors connu sous le nom d'Olympique d'Antibes-Juan-les-Pins Côte d'Azur Basket. C'était l'époque où la légende du basket, Jean-Claude Bonato, était adulé par les fans antibois.
Les racines de la passion de Bouvier pour la mécanique
remontent à son adolescence, lorsqu'il a construit sa propre moto. Il deviendra
ensuite carrossier, mécanicien automobile, et ouvrira son propre garage à
Grenoble. Originaire de Côte-Saint-André, en Isère, entre Grenoble et Lyon, il
partageait avec Hector Berlioz, né dans la même commune, un esprit
avant-gardiste. Sa moto auto-construite était particulièrement innovante, car
il ambitionnait de la faire voler. Son "hélicoptère-moto" a effectivement
décollé, parcourant 30 mètres malgré d'importants problèmes d'équilibre. Cette
idée futuriste a même trouvé un écho au cinéma en 1983 avec le Speeder Bike du
film "Star Wars".
Roger avait une longueur d'avance sur Star Wars avec sa moto volante, et elle semble désormais de retour. Une nouvelle version de la célèbre moto speeder de « Le Retour du Jedi » de 1983 est disponible à l'achat depuis 2022, mais son prix est exorbitant.
Son entreprise grenobloise lui a permis de se faire un nom
dans le sport automobile dès les années 1960, grâce à sa spécialisation dans
les pièces de carrosserie légères en polyester, qui rendaient les voitures de
course plus rapides. Il fut notamment chargé de l'habillage des quatre Renault
Alpine sponsorisées par une entreprise de dentifrice, qui ont marqué l'histoire
du rallye en tant qu'équipe féminine, perpétuant l'héritage de Pat Moss et Ann
Wisdom. Ces expériences l'ont également mis en contact avec des cascadeurs, ou
"conducteurs de la mort", dont le célèbre Frank Valverde.
Dominique Guichard, Anne-Marie Desvignes, Françoise Conconi, Annick Girard, Marie-Odile Desvignes, Claudine Trautmann et l'Alpine Renault A110 préparée par Roger Bouvier
Roger Bouvier a également établi un record de vitesse avec
le skieur alpin Henri Reitenberger, qui a ouvert les pistes des Jeux olympiques
d'hiver de Grenoble. Attaché par un câble à une DS 23 prototype (utilisée par
Claudine Trautmann lors du Rallye Londres-Mexique), Reitenberger et Bouvier ont
parcouru un kilomètre à plus de 135 km/h sur une piste forestière verglacée du
Vercors, à Méaudré.
Une légende : En juin 1982, Frank Valverde a été tué dans une cascade ratée dans sa Ferrari rouge devant 50 000 spectateurs dans le port de Marseille
Au cours de sa carrière, Bouvier a piloté une multitude de
véhicules, dont des Ford Mustang, GT 40, Porsche, Alpine, Cooper, et une
Mercedes 250 au Rallye Monte-Carlo. L'opportunité de piloter une Mercedes 250
est née d'une rencontre fortuite pendant ses vacances à Golfe-Juan. À l'âge de
30 ans, il a eu l'honneur d'être le premier à conduire une voiture de course
Fournier-Marcadier. Avec ce véhicule, il a décroché la troisième place aux 24
Heures de Chamonix en 1972, montant sur le podium aux côtés du vainqueur
Andruet sur Renault Alpine 110. Chamonix a été le théâtre de confrontations
mémorables, où des pilotes comme Jean Alesi, Nigel Mansell et Pierre Jarier ont
affronté des spécialistes de la glace comme Bouvier.
![]() |
| Spécialiste de la glace : Roger Bouvier au volant d'une DS |
La Fournier-Marcadier, une petite voiture de course de seulement 360 kg avec un moteur central Renault 8 Gordini, fut un véritable précurseur. Elle a jeté les bases d'une nouvelle catégorie de course d'entrée de gamme abordable, la « Formule Nationale », qui a ensuite évolué en « Formule France » et enfin en « Formule Renault », active jusqu'en 2020. L'objectif était d'offrir des véhicules accessibles aux jeunes pilotes. En 1967, un kit Fournier Marcadier coûtait seulement 1500 francs, et environ 20 véhicules étaient produits chaque année.
Roger Bouvier au volant de la légendaire Porsche 908
Le plus grand succès de Roger Bouvier reste sa victoire au Rallye de Gaves en 1973 avec son prototype Citroën DS. Sa DS de course, équipée d'un double carburateur, consommait 28 litres d'essence aux 100 kilomètres. Pour les courses sur neige, il utilisait des pneus avec 640 clous à l'avant et cent de moins à l'arrière pour une meilleure tenue de route en virage. Un incident lors d'un rallye "Neige-Glace" aurait pu lui coûter la vie. Suite à une erreur de son copilote, la DS de Bouvier a dérapé d'une route de montagne et a glissé le long d'un ravin enneigé. La voiture, grâce à son soubassement lisse, a "sauté comme une pierre plate sur l'eau" et a atterri pratiquement intacte sur la route en contrebas, ne perdant qu'une partie de son échappement.
![]() |
| Circuit de Chamonix : Podium pour Roger Bouvier en 1972 |
Sa deuxième passion est le Panhard Junior, une petite
voiture de sport française rare et toujours aussi fascinante. Il a découvert ce
véhicule pour la première fois en 1956, lors de son service militaire à
Casablanca, au Maroc. Un camarade, muté en Algérie pour une liaison, lui a
confié son Panhard Junior. De retour en France après son service, il a acheté
son propre Panhard Junior deux ans plus tard, mais l'a revendu après être
devenu père d'un fils passionné d'automobile. Des décennies plus tard, au début
des années 90, son fils a déniché un autre Panhard Junior en Suisse, que Roger
a racheté.
![]() |
| Panhard Junior |
Ce nouveau Panhard Junior était dans un état déplorable, totalement rouillé. Cela n'a pas découragé Bouvier, qui s'est lancé dans une restauration totale dans son petit atelier, un projet qui a duré 10 ans et a nécessité des centaines d'heures de travail, pour un coût total de cinq chiffres. Il a même fait fabriquer des pneus Michelin sur mesure et a eu la chance de recevoir de nombreuses pièces de rechange spéciales d'un ami carrossier. Le Panhard Junior, construit à moins de 5000 exemplaires au début des années 50, est aujourd'hui une rareté, avec peut-être seulement dix exemplaires restants. Ce roadster minimaliste, propulsé par un moteur boxer bicylindre, offrait un grand plaisir de conduite, atteignant une vitesse maximale de 130 km/h. Ces véhicules sont rarement mis en vente et peuvent atteindre facilement 20 000 € aux enchères.
Roger Bouvier dans sa Panhard Junior, restaurée de A à Z par lui-même
Jusqu'à sa mort à Pâques 2025, Roger Bouvier a maintenu une passion indéfectible pour l'automobile. Au moins une fois l'an, il se rendait à Castellane. Ce n'était pas pour admirer les Gorges du Verdon, mais pour retrouver ses amis Yoëlle et Henri Fradet et découvrir les dernières acquisitions de leur musée Citroën, faisant d'eux les spécialistes incontestés des Citroën historiques dans le sud-est de la France.
![]() |
Plaque du "Garage Riviera" d'Antibes dans les salles d'exposition du Muséee Citroën à Castellane
#Antibes #Citroën #CitroênDS #PanhardJunior #RallyAntib
© Tous droits reservés














